La face cachée Cocla

Peru (South America)
7500 membres
Il y a une dizaine d'années encore, le Pérou n'avait pas trop bonne réputation dans les milieux du café. Dès lors, par souci de préserver une image de qualité, les importateurs n'étaient guère tentés d'intégrer du café de ce pays dans leurs mélanges. Les cultivateurs étaient mal organisés. Et les petits cultivateurs, organisés ou non, éprouvaient des difficultés à exporter leur café. Aujourd'hui, la COCLA, Central de Coopératives Agra rias Cafeterias, est la plus grande organisation de petits cultivateurs de café exportateurs et concurrence les plus importantes entreprises péruviennes du secteur du café.
Maîtrise des exportations
En 1995, la COCLA, une organisation créée en 1967 par sept coopératives de base à l'est des Andes péruviennes, s'est dotée d'un nouveau management. Celui-ci put se concentrer sur la commercialisation, et en particulier l'exportation du café, grâce aux opportunités offertes par le Fairtrade. Les cultivateurs de la COCLA dépendent du café pour 80% de leurs revenus. Ils possèdent en moyenne 2,8 hectares de caféiers et produisent annuellement quelque 650 kg. Ils ont aussi des terrains sur lesquels ils cultivent d'autres produits, tels que des haricots et du maïs, mais il reste encore beaucoup de surfaces boisées. Ces cultivateurs travaillent en famille et, dans les périodes plus chargées, font appel à des groupes d'ouvriers. Dans le temps, ils dépendaient d'intermédiaires pour la vente de leur café. « Maintenant, nous vendons nous-même le café, et même avec beaucoup de succès. », affirme l'un des membres de la direction. In 1996, la COCLA vendait 150 tonnes aux conditions du commerce équitable, après 2000, elle a passé le cap des 1.000 tonnes. Ce qui lui a fait gagner quelque 4 millions US$ de plus que ce qu'elle aurait reçu sur le marché conventionnel.
Investissements
Le nouveau cours, renforcé par les revenus supplémentaires, a permis à la COCLA de s'assurer un développement croissant. D'importants investissements furent consentis en infrastructures. La COCLA possède aujourd'hui une installation de traitement par voie humide pour la première phase de traitement du café, et une usine qui assure tout le traitement final pour l'exportation, à Quilla Bamba. Elle possède aussi des entrepôts de stockage et des moyens de transport pour les trajets vers l'usine et vers le port. L'organisation a également ouvert un bureau dans la capitale, Lima, pour suivre tout le trajet du café jusqu'à l'embarquement sur les bateaux. Les membres ont décidé de donner une contribution supplémentaire de 50 cents de dollar par sac de café pour l'achat du terrain.
Mais la COCLA s'est aussi intéressée à la chaîne du café avant que celui-ci n'arrive chez elle. L'organisation propose des programmes de formation orientés vers l'amélioration des récoltes et de la qualité, tant au niveau des coopératives de base qu'à celui des cultivateurs individuels. Elle dispose également d'une équipe professionnelle d'assistance technique. Parallèlement, le crédit en faveur du stockage et du transport local a été renforcé.
Pour raffermir l'organisation, la COCLA a créé un comité éducatif qui assure des activités d'écolage et de formation à destination de la direction, du management et des travailleurs de l'organisation. Ce comité éducatif est également actif dans les coopératives de base. A cet égard, il s'agit surtout de conseils dans le domaine de la gestion administrative et financière. La COCLA dispose enfin de six champs de démonstration et d'un laboratoire spécialisé dans l'analyse de la qualité du sol.
Services
Forte de cette situation, la COCLA a pu se consacrer davantage à la réalisation de ses objectifs en termes de services aux membres : elle les voulait meilleurs et plus nombreux. En premier lieu, elle a pu offrir un prix plus élevé à ses membres pour leur café. Ceux-ci ont décidé de partager les revenus supplémentaires issus du commerce équitable entre toutes les coopératives de base, donc également au profit des cultivateurs ne livrant pas pour le Fairtrade ou ne produisant pas de café. Par ailleurs, grâce à l'influence de la COCLA, le prix du café a augmenté dans toute la région, ce dont les autres cultivateurs profitent également. Enfin, la COCLA poursuit également différents projets sociaux. .
Projets éducatifs
- Programmes d'enseignement afin que tous les enfants des membres puissent aller à l'école.
- Projet en faveur de la poursuite d'études après l'école secondaire.
- Formations aux prestations dans le domaine de la santé (surtout suivies par des femmes).
- Programmes à destination des femmes, orientés notamment vers la culture fruitière, la production de farine et l'élevage.
- Formation visant à renforcer la participation des femmes dans les coopératives de base et au sein de la COCLA.
- Cours de sport
Croissance du nombre des membres
Ces développements favorables suscitent toujours plus d'affiliations de coopératives de base et donc d'agriculteurs. Actuellement 23 coopératives sont affiliées à la COCLA, représentant ensemble quelque 7.500 cultivateurs. Les relations avec ces derniers sont excellentes, en raison essentiellement de la qualité de la communication. Deux - ou parfois quatre - fois par an, se tient une assemblée générale où chaque coopérative de base est représentée par deux personnes. On y décide notamment de l'affectation des revenus supplémentaires issus du Fairtrade. De plus, en dehors de ces assemblées, les coopératives sont abondamment informées. Ainsi, par exemple, la COCLA assure régulièrement des émissions sur la radio locale.
Spécialisation et diversification
Les revenus supplémentaires ont aussi permis à la COCLA de démarrer l'exportation de café biologique. Sur les 23 coopératives, 16 ont à ce jour obtenu la certification biologique, soit, au total, 3.750 cultivateurs.
L'organisation est active sur de nombreux marchés d'exportation. Elle est en mesure de vendre son café tant aux Etats-Unis qu'en Europe et au Japon. Ce n'est pas pour rien que la COCLA est devenue le cinquième exportateur du Pérou. Ce qui ne l'empêche pas de s'intéresser au marché national : elle vend son café sous son propre emballage dans quelques grands supermarchés.
Pour poursuivre le renforcement de son organisation et de la situation des cultivateurs, la COCLA mise aussi sur la diversification. Outre du café, elle vend à présent du cacao, du thé, des haricots, du soja, du miel et des aliments pour bétail. Le cacao est même sur le point d'être vendu sur le marché du Fairtrade. Tout comme le thé, ce caco sera sous peu issu de culture biologique.
Conclusion
La COCLA a réussi à renforcer considérablement sa position commerciale. Elle est maintenant reconnue comme un partenaire commercial fiable et sa grande solidité en termes de capitaux lui permet de négocier avec les banques des emprunts à taux d'intérêt raisonnable. Son influence est également admise sur le plan politique : grâce à la COCLA, des milliers de petits cultivateurs de café ont aujourd'hui une voix.




